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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 13:13

Sur un sujet terrible et difficile à aborder avec des enfants, Irène Cohen-Janca a écrit un texte d’une belle simplicité : Les arbres pleurent aussi.

L’arbre qui pleure est un marronnier. Pas n’importe quel marronnier citadin : le marronnier du jardin de la maison, 263 Canal de l’Empereur, à Amsterdam. Comme beaucoup de ses pareils dans toute l’Europe, il en train de mourir, miné par une minuscule chenille.

Il a un siècle et demi. Il en a vu des saisons, et des événements, mais il en est un qu’il veut raconter avant d’être abattu.

 

Dans la maison, « captive comme un oiseau en cage », une jeune fille de treize ans tenait son journal. Sa famille était venue de Francfort à Amsterdam dès 1933. En 1942, avec des amis, ils se cachent là, Canal de l’Empereur. Un beau jour d’août 1944, une voiture s’arrête devant la maison, des policiers armés surgissent… La vie d’Anne Frank s’arrêtera à Bergen-Belsen, quelques mois plus tard.

 

Pendant deux ans, elle a tenu son journal. Pendant deux ans, par une lucarne, elle a regardé les saisons passer dans l’arbre, et la vue de l’arbre a nourri ses espoirs de vie, de liberté. Sans doute aussi l’a-t-il consolée quand elle entendait « le grondement de tonnerre qui approche et nous tuera » ou quand elle ressentait « la souffrance de millions de personnes », selon ses propres mots pleins de maturité précoce.

 

Maurizio Quarello manie toute la gamme des couleurs avec force – voyez chez Sarbacane Au bout des rails et Le voyage de la femme éléphant, le superbe Histoires naturelles de Jules Renard chez Milan et Toni Mannaro jazz band au Rouergue. Il a choisi d’aborder l’histoire d’Anne au crayon, avec douceur, avec pudeur. Sauf quelques rares touches suggérant la vie heureuse, la couleur (brun, rouge sang, noir) n’intervient que pour exprimer la cruauté de l’histoire.

 

Celle-ci n’est pas travestie, mais l’horreur est voilée par la poésie narrative et picturale. Suggérée et non assenée - à l’image d’Otto Frank et sa fille, portant l’étoile jaune, qui se reflètent dans la chaussée pluvieuse - elle peut faire son chemin, l’enfant peut la recevoir.


 

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Au fil des pages cependant, expressionnistes et sobres, certaines illustrations disent la brutalité, la violence. J’ai choisi, pour les « résumer », de montrer les barbelés du camp où s’est accrochée une feuille de marronnier brun rouge, comme un signe de l’arbre ami – a-t-il voulu suivre Anne dans sa déportation, ou la rejoindre en mourant à son tour ?

 

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Le livre s’achève en douceur sur la renaissance de l’arbre : greffon qu’un enfant vient arroser, greffon dans lequel se perpétuera le souvenir d’Anne.

Cet album est le coup-de-cœur de l’équipage à l’occasion du Printemps des Poètes.

 

quarel_blog3.jpg


Les arbres pleurent aussi

Texte : Irène Cohen-Janca

Illustrations : Maurizio A.C. Quarello

© Rouergue, 2009

 

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